Interview - Analyse

Patrick Lawson : interview suite à l’union ratée du CST et Arc-en-ciel

Avoir deux regroupements de partis politiques, c’est une première au Togo, hormis la période de la lutte pour l’indépendance. Cela peut être une stratégie politique tout aussi payante, si on sait la gérer en symbiose, en coordonnant nos moyens aussi bien dans le domaine des ressources humaines, que dans celui de la communication et du contrôle des élections », a déclaré dans une interview exclusive à notre consœur, l’Agence Savoir News, Patrick Lawson vice-président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), suite à l’Union ratée du Collectif « Sauvons le Togo » (CST) et de la Coalition « Arc-en-ciel ». L’ANC avait-t-elle posé des exigences ? Pourquoi les discussions n’ont pas abouti ? etc… nous vous reprenons cette interview. Lisez plutôt…

L’ANC est l’une des formations politiques, très réticentes pour le dépôt des dossiers aux législatives. Qu’est-ce qui a motivé l’ANC a déposé ses dossiers aux côtés du CST ?

Patrick Lawson : C’est parce que nous savons que nous avons fait un travail de terrain qui nécessite qu’on puisse le faire fructifier. Nous avons voulu capitaliser ce travail qui a été fait, ensemble avec nos collègues du CST. Et pour toutes ces raisons, il fallait une seule condition, c’est obtenir de bonnes conditions d’organisation des élections : amélioration du cadre électoral, certaines réformes institutionnelles et constitutionnelles. Et pour nous, il fallait à tout prix qu’on se batte pour l’obtenir, ce que le CST partage avec nous. Cela nous a mis plus à l’aise au CST. Nos camarades de la Coalition +Arc-en-ciel+ ont donné la priorité à l’Alliance électorale, ce n’était pas notre compréhension de la chose. Le disant ainsi, cela ne veut pas dire qu’eux aussi ne se sont pas mis à se battre pour les bonnes conditions d’organisation de ces élections. C’est justement parce qu’ils se sont mis à se battre également pour les bonnes conditions d’organisation du scrutin qu’il y a eu un rapprochement entre le CST et la Coalition. Maintenant, pour le reste, c’est des questions d’approches différentes. Lorsque la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a lancé l’appel à candidature pour le dépôt des listes, nous avions dit qu’il ne revient pas à la CENI d’appeler les partis politiques à déposer de listes. Pour cette raison, nous avons refusé de déposer les listes. Pendant tout ce temps, nous avons discuté avec la Coalition qui aussi, a décidé de ne pas déposer de listes.

Mais à la dernière réunion, ce qu’ils avaient laissé entendre, c’est qu’ils déposeraient leur liste. Pour cela, on a cru – surtout l’ANC – qu’à partir de là, ils ont déposé. C’est à notre grand étonnement que nous avons appris qu’ils l’ont fait le dernier jour. Au CST, nous avons eu trois jours pour faire les listes communes. Nous avons dans un premier temps procédé aux arbitrages dans nos partis respectifs pour qu’on puisse laisser des places aux autres. Et dans un second temps, nous avons aussi fait des arbitrages au sein du CST. Je vous assure que le travail n’a pas été facile. Il y a beaucoup de récriminations dans notre parti, beaucoup de gens sont fâchés de ne pouvoir pas être candidats. Mais, comme nous le disons à l’ANC, l’union est un combat et pour cela, nous avons tous fait des sacrifices pour qu’on puisse avoir ces listes communes. Aujourd’hui, il se trouve qu’il y a deux grands groupes, le CST et la Coalition +Arc-en-ciel+. Ce n’est pas pour autant que nous ne devrions pas mettre ensemble nos moyens pour pouvoir battre le régime qui a l’habitude de tricher lors des élections. Nous devrions être ensemble partout. Nous devrions également nous respecter mutuellement pour ne pas créer des polémiques inutiles, pour ne pas nous dénigrer les uns et les autres. Voilà notre point de vue, notre philosophie de la chose. Nous n’avons pas l’intention d’avoir une position hégémonique. Nous voudrions tout simplement que les listes permettent à nos formations ou regroupements respectifs de pouvoir gagner ces élections.

Q : Nous avons écouté certains responsables de la Coalition qui, à trois jours de la date de clôture des élections disaient qu’ils n’attendaient que le CST pour cette « Union » ?

R : Mais c’est comme une fiancée qui vous attendrait dans sa chambre, sans vous appeler. Nous ne comprenons pas cela. Quand, entre partis, on dit qu’on vous attend, cela veut dire que vous vous êtes donné rendez-vous pour vous voir. Je vous le répète :

Avant que la prorogation de dépôt de listes n’intervienne, pour nous, c’est que la Coalition a déposé son dossier. A partir de là, c’était sans rancune. Nous avons été étonnés d’apprendre le jeudi matin sur les antennes que la coalition n’a déposé ses dossiers que le mercredi. Voila la situation. Il faut que les choses soient claires, qu’on n’invente pas une nouvelle version des choses. La relation des faits voudrait qu’on dise qu’il y a eu des approches différentes entre nos deux regroupements lors de la date qui était fixée pour le dépôt initial des dossiers.

Aujourd’hui, doit-on l’interpréter comme un malentendu ? Non, je préfère être plutôt objectif en utilisant des termes qui conviennent. C’est l’illustration des démarches différentes, mais pour un même but noble : changer le Togo. C’est ça l’essentiel. Nous allons – en tout cas pour notre part – mettre tout en œuvre pour qu’il en soit ainsi : qu’on mette les moyens ensemble pour gagner ces élections.

Q : Selon certaines informations, l’ANC aurait bloqué les discussions en réclamant le grand Lomé, les Lacs et le Vo. Avez-vous posé ces exigences ?

R : Et si on les posait, est-ce que ce ne serait pas correct ? Il y a plusieurs façons de faire une alliance. Aux dernières élections législatives, les forces démocratiques ont recueillis 31 sièges. Nous, nous considérons que le travail qui a été abattu, c’est nous qui l’avons fait, puisque nous sommes partis avec 20 députés sur les 27. Et donc, nous pouvons dire que nous avons gagné à ces endroits et qu’on ne partage pas une minorité. Il faut qu’on aille chercher les voix ailleurs pour qu’on puisse atteindre les 46 sièges qui constituent la majorité à atteindre. Donc, ce n’est pas le fait de partager ce qui avait été déjà gagné qui doit être la priorité, nous devons plutôt nous mettre ensemble pour aller gagner d’autres sièges.

Q : Aviez-vous posé ces exigences ?

R : Cela fait partir de ce que nous avons dit, mais ce n’était pas seulement la seule démarche plausible. La preuve, ce n’est pas la démarche que nous avons utilisée exclusivement. Quand on est ensemble, il faut toujours dire ce qu’on pense sans avoir peur. Nous devons nous mettre ensemble pour aller chercher les autres sièges ailleurs pour atteindre la majorité à l’Assemblée nationale. Voilà notre stratégie. Nous ne sommes pas hégémoniques.

Q : Est-ce que vous vous reprochez quelque chose, après cette « Union » manquée ?

R : On n’a rien à se reprocher. Je vous ai parlé franchement. Et si je vois nos partenaires de la Coalition +Arc-en-ciel+, je le leur dirai également franchement, parce que nous sommes objectifs et nous n’avons rien contre qui que ce soit. Je vous assure que nous allons discuter ensemble avec nos collègues de la Coalition pour que les forces démocratiques puissent gagner ces élections.

Avoir deux regroupements de partis politiques, c’est une première au Togo, hormis la période de la lutte pour l’indépendance. Cela peut être une stratégie politique tout aussi payante, si on sait la gérer en symbiose, en coordonnant nos moyens aussi bien dans le domaine des ressources humaines, que dans celui de la communication et du contrôle des élections.

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