Afrique

La littérature : La fratrie congolaise en question

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A ses origines, la fratrie congolaise était marquée par une confraternité entre les écrivains congolais des décennies 70-80-90 aimant échanger entre eux. Elle était charpentée par Sylvain Bemba, Sony Labou Tansi, Henri Lopès, Guy Menga ou encore Jean-Baptiste Tati Loutard. Mis à part les liens amicaux, ces auteurs avaient pour habitude d’échanger leurs manuscrits pour relecture, critique et correction.

 

Malgré les années et les différents soubresauts politiques que le Congo a connus, ces aînés ont continué à honorer la littérature congolaise. A partir des années 90, des écrivains d’une nouvelle génération vont venir enrichir le patrimoine littéraire congolais. Il y eut entre autres Henri Djombo avec son ouvrage « Sur la braise » publié en1990.

 

Les liens entre les écrivains

 

Néanmoins, le développement de l’industrie du livre, les migrations, la multiplication des maisons d’éditions et les multiples possibilités de publication qui s’offrent désormais aux écrivains à partir de l’an 2000, ont distendu les liens entre les auteurs congolais. Les frères n’ont plus systématiquement besoin les uns des autres dans le processus de publication de leurs manuscrits. L’entraide entre les auteurs de l’intérieur et ceux de la diaspora ne s’impose plus comme jadis pour voir les œuvres de ceux qui vivent au Congo être publiées. Il y a désormais l’établissement des maisons d’éditions sur place. L’éloignement a également freiné l’élan fraternel qui animait la fratrie congolaise.

 

D’autre part, l’enracinement de la violence politique armée au Congo à partir de 1992 causera du tort au livre congolais. Les agissements rétrogrades ont donné naissance à un tribalisme et un régionalisme excessifs dans la société congolaise. Des maux qui n’ont pas, bien entendu, épargné la communauté des Gens de Lettres. Ainsi, le début des années 2000 sera caractérisé par une méfiance entre les auteurs. Toutefois, un certain nombre d’entre eux ont tissé des liens qui laissent penser que malgré les vents, la violence et les rancœurs, le cœur de la fratrie battait encore. En témoignent, par exemple, les fréquentes retrouvailles entre Henri Lopès, Alain Mabanckou ou encore Emmanuel Dongala.

 

Une nouvelle impulsion fraternelle

 

Au milieu des années 2000, comme « le térébinthe et le chêne qui conservent leur tronc lorsqu’ils sont abattus », une nouvelle génération est venue revigorer la fratrie congolaise. Ses acteurs sont nombreux et se situent aussi bien parmi ceux qui sont à la maison que parmi ceux de la diaspora. Raymond Loko, Alima Madina, Marie-Françoise Moulady-Ibovi, Pierre Ntsémou, Hugues Eta, Jessy Loemba, Fresnel Bongolo, Huguette Nganga Massamba, Paul Évariste Okouri et bien d’autres sont désormais au nombre des écrivains de l’intérieur. Sorel Incari au Québec, Ralphanie Mwana Kongo, Assia-Printemps Gibirila, Milie Théodora Miéré, Liss Kihindou, Isaac Djoumali Sengha, Itoua Ndinga, Berthrand Nguyen-Matoko, Virginie Mouanda, Adèle Caby-Livannah, Marien Fauney Ngombé, Jean-Aimé Dibakana, Marius Nguié, Obambe Gakosso en France, Emilie-Flore Faignond et Éveline Mankou en Belgique ainsi que Wilfried Nsonde en Allemagne font partie du contingent extérieur de la famille.

 

Enfin, contrairement à l’époque de ses pionniers, la fratrie est actuellement caractérisée par une production littéraire féminine dense et de qualité. Les bonnes relations que les écrivaines congolaises entretiennent entre elles sont évidentes. Au point que cette harmonie sera prochainement à l’honneur à travers une anthologie que préparent une dizaine d’entre elles autour de Marie-Léontine Tsibinda, installée au Canada.

 

Les auteurs congolais font honneur à leur patrie par la qualité de leurs écrits dont les thématiques sont riches et variées. Leurs œuvres se distinguent encore à travers le monde. Et le poète Aimé Eyengué, membre de ce corpus encourage ce dernier à persévérer dans cette voie pour que la fratrie et le Congo vivent à jamais. « Comme la force du baobab est dans ses racines, exprimons notre amour pour le Congo, nos racines pour entretenir le baobab de notre mémoire collective », soutient ce poète.

 

                                                                                               Franck CANA

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