Afrique

Littérature : Gabriel Okoundji, Poete Des Deux Fleuves

Livre de Jacques Chevrier

Le président de l’Association Des Écrivains de Langue Française (ADELF), le professeur émérite Jacques Chevrier, à la Sorbonne, consacre son dernier ouvrage à l’œuvre du poète congolais Gabriel Okoundji. Dès les premières pages de son essai intitulé «Gabriel Okoundji, poète des deux fleuves », le Pr. Chevrier donne le ton : « Toute son œuvre est placée sous le signe de l’ancestralité et de l’initiation dans leur rencontre avec la modernité occidentale ».

Né à Okondo près du fleuve Alima au Congo-Brazzaville, Gabriel Okoundji s’installe au bord de la Garonne en 1983 pour suivre des études universitaires. Mais en France, celui qui a grandi aux pieds des « anciens » et qui a été investi du titre de « Mwènè », chef coutumier du clan Tégué, n’est pas seul. Morts ou vivants, les siens l’accompagnent. Ses écrits en témoignent de fort belle manière. Les éléments premiers qui composent notre univers, la faune, la flore, certains lieux et un parler africain sont omniprésents dans ses recueils de poèmes qui ont été traduits dans d’autres langues.

 

Chacun de ses livres est un point de repère le long d’un cheminement.

Son oncle Pampou qui fut son « obila », c’est-à-dire son conseiller, et sa tante Ampili sont désignés comme étant ses maîtres spirituels. Ce sont ces mentors qui lui ont transmis les dons de la parole et de l’écoute des ancêtres à travers « le silence expressif » que le monde moderne agité ne parvient pas à entendre. La poésie de celui qui est psychologue clinicien invite le lecteur à la méditation en vue de découvrir les mystères cachés. C’est un « cheminement » de l’Homme indispensable à la découverte de sa destinée.

«…Je dus me confronter auprès de mes pères : aux adages, aux proverbes, aux énigmes, aux métaphores et aux symboles qui décrivent, sans le nommer, le sens de l’existence », affirme l’auteur du recueil « L’âme blessée d’un éléphant noir ». Parfois décrit comme un écrivain de l’exil, à l’instar de Williams Sassine pour « Le Zéhéros n’est pas n’importe qui », il a reçu le prix Pey de Garros en 1996 pour son premier recueil « Cycle d’un ciel bleu », le prix Poésyvelines en 2008 et le prix du Coup de cœur 2008 de l’Académie Charles Cross. Le poète Béglais se définit lui-même comme un auteur de « la transmission ».

 

C’est en étant soi-même qu’on est le meilleur.

Pour le professeur Jacques Chevrier, le fait que son œuvre soit marquée par l’inquiétude, l’échec, la blessure, la perte ou la mort ne fait pas d’Okoundji un écrivain de la douleur. Même si l’intéressé concède : « J’écris la poésie de querelles, de blessures et d’inquiétude ». En contrepoint de cette impression doloriste, l’idée que la poésie soit un canal de résistance et de victoire face aux ténèbres de la vie, se dessine en lui. En 2010, il publie en prose « La mort ne prendra pas le nom d’Haïti » pour faire barrage au fatalisme ambiant ayant suivi le tremblement de terre qui endeuilla l’île.

A bien y regarder, le poète qui a consacré au sculpteur bordelais Philippe Bono l’ouvrage « Bono le guetteur des signes », et qui a été étudié par l’italien Alezzio Lizzio pour son mémoire « Gabriel Okoundji, Poésie d’initiation », écoute, guette et transmet. Ce « passeur de culture »qui a reçu leGrand Prix littéraire d’Afrique noire en 2010, pense que « nous Africains, souffrons des saignements de la mémoire…l’ignorance de son identité est un danger que tout homme doit éviter. » Il exhorte les intellectuels africains : « Soyez vous-même ! C’est en étant soi-même qu’on est le meilleur ». Ce livre est une très belle monographie consacrée par le Pr. Jacques Chevrier.

 

Franck CANA

« Gabriel Okoundji, poète des deux fleuves », de Jacques Chevrier, éditions La Cheminante, 203 pages, 22 euros.

Publier un Commentaire