Afrique

10 ans de pouvoir du président malien Amani Toumani Touré : Les leçons tirées

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Dans « Le président Amani Toumani Touré et l’expérience malienne du consensus », l’avocat et écrivain congolais Emmanuel Ngono écrit parfois les larmes aux yeux. Il raconte la déliquescence de ce Mali qu’il aime et qui est deux fois plus grand que la France. Il nous propose une réflexion sur le Mali. Un regard, une analyse politique et sociale sur ce qui s’est passé au Mali depuis le renversement du dictateur Moussa Traoré le 26 mars 1991.

 

L’auteur évoque un deal secret entre Amani Toumani Touré et Alpha Omar Konaré qui allait permettre au premier d’organiser des élections libres et voir le second arriver au pouvoir avec son parti majoritaire, l’Adema. A charge de revanche pour ce dernier de soutenir ensuite le premier pour qu’il assure la charge suprême. Le 26 avril 1992, AOK est élu président du Mali. Dix ans plus tard, c’est au tour d’ATT, comme convenu, de prendre le pouvoir avec le soutien principal du parti d’AOK qui ne présente pas de candidat à l’élection présidentielle.

 

De ce fait, ATT réalise un exploit rare, celui de se faire élire alors qu’il n’a pas de parti politique. Cette réalité au demeurant louable va malheureusement pour le peuple malien et pour l’Afrique en général montrer ses limites et conduire le pays dans une impasse. Dépendant de ceux qui l’ont fait roi, ATT va mettre sur pied une gestion consensuelle de l’État.

 

La gestion collective a toutefois posé problème. Et l’auteur de citer Albert Bourgi qui le dit de façon admirable : « Du temps d’ATT, démocratie signifiait aggiornamento. Le Président de supportait pas la critique et voulait gouverner par consensus. Aussi, passait-il son temps à acheter de la paix sociale avec des compromissions. Toute la classe politique malienne, sans exception a succombé ».

 

Un défi malien sur un continent où cinq pays seulement sont démocratiques. L’auteur n’oublie pas de mettre en lumière la difficulté de la gestion des rebellions touaregs ou encore les différents desseins destructeurs des colonisateurs partant du mauvais découpage des frontières africaines. « On est visiblement en présence d’un découpage territorial arbitraire et irréfléchi qui portait en soi les germes des contestations futures », avance l’essayiste.

 

Après avoir publié « Finances publiques du Congo » en 1992, « Le mal africain, plaidoyer pour le développement de l’Afrique » en 2004 et « Manuel de droit public du citoyen » en 2008, Emmanuel Ngono achève sa remarquable chronique de cet œcuménisme politique appelé : « Le Consensus malien » par les leçons à tirer.

 

C’est le putsch inopportun du capitaine Amadou Haya Sanogo du 22 mars 2012 qui vient mettre fin à la gestion consensuelle de l’État malien acculé par les rebelles. Il n’oublie pas de faire état de l’opération Serval du 11 janvier 2013, de l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, à la tête du Mali ainsi que des solutions envisagées pour sortir le Mali et, éventuellement, l’Afrique du cycle de la destruction.

 

Franck CANA

 

« Le Président Amani Toumani Touré et l’expérience malienne du consensus », Emmanuel Ngono, essai, éditions l’Harmattan, 79 pages, 11,50 euros.

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